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Chantal Guay

Chantal Guay, ing., P.Eng., M.Env.
Chef de la direction
Ingénieurs Canada
[Archives]

La prospérité canadienne et notre capacité d'innovation

Janvier 2012

 

Ingénieurs Canada surveille attentivement comment le gouvernement fédéral gère la présence du Canada sur la scène mondiale et son rôle en matière de recherche-développement et d’innovation. La profession d’ingénieur croit que le gouvernement fédéral, en collaborant avec les entreprises, le milieu universitaire et d’autres parties prenantes, est un contributeur utile et nécessaire à l’amélioration de la recherche-développement (R-D) et de l’innovation au Canada.

 

Dans mon dernier mot, j’ai traité de la nécessité d’investissements fédéraux soutenus dans la R-D et l’innovation pour que le Canada se dote d’une économie durable qui soit accessible, fiable et concurrentielle à l’échelle mondiale. Ingénieurs Canada a salué l’intention du gouvernement fédéral, énoncée dans le budget et le discours du Trône de cette année, de promouvoir les études en sciences, en technologie, en génie et en mathématiques, ainsi que d’accorder un crédit d’impôt pour frais de scolarité afin de reconnaître les droits payés à des associations professionnelles pour l’obtention d’un permis, deux mesures qui devraient promouvoir durablement l’émergence de talents qualifiés au Canada. En outre, le financement accru des technologies nouvelles et porteuses nous permettra de garder le cap sur la création d’un environnement propice au développement économique qui mènera à une meilleure qualité de vie.

Ingénieurs Canada participe activement et régulièrement à des discussions politiques sur les enjeux importants pour la profession d’ingénieur, comme la R-D et l’innovation. Nous avons été invités à formuler des recommandations à l’intention du groupe d’experts chargé d’examiner le soutien fédéral de la recherche-développement, et nous sommes heureux de constater que bon nombre de nos recommandations ont été retenues dans le rapport final, Innovation Canada : Le pouvoir d’agir, publié en octobre dernier.

En résumé, les recommandations d’Ingénieurs Canada sont les suivantes : orienter les programmes de soutien vers des domaines précis de R-D; simplifier l’exécution des programmes existants; éliminer les obstacles à la commercialisation et au transfert de technologies que l’on rencontre dans les exigences des programmes; poursuivre la modernisation de la reconnaissance des titres de compétences étrangers, et mettre en place des mesures afin de maximiser les intrants que constituent les talents et les connaissances1.

Les conclusions du groupe d’experts témoignent du fait que l’on reconnaît que la R-D et l’innovation ne peuvent plus être considérées comme des sous-produits naturels des activités commerciales menées au Canada; pour prendre leur essor, elles doivent plutôt être soutenues, cultivées et priorisées par le gouvernement, les universités, le milieu des affaires et les associations professionnelles. La Conférence sur les politiques scientifiques canadiennes, tenue à Ottawa en novembre, a réuni de nombreux esprits éclairés qui ont discuté des divers aspects de l’innovation qui se rapportent aux politiques scientifiques.  

Cependant, il est évident que les discussions, à elles seules, ne résoudront pas nos problèmes. Malgré une augmentation du financement de la recherche universitaire depuis les années 1990, notre innovation continue à accuser un retard important par rapport à d’autres pays de l’OCDE. Comme l’indique Kevin Lynch dans son article intitulé « Recherche désespérée d’un Canada plus innovateur »2, les investissements dans la recherche universitaire, en tant que proportion du PIB, sont maintenant plus importants au Canada que dans tous les autres pays du G7, y compris les États-Unis. Cependant, nous nous classons au 15e rang de tous les pays de l’OCDE pour ce qui est des dépenses en R-D en tant que pourcentage du PIB.

Le grand problème du Canada à cet égard, et actuellement notre principale lacune, est le peu d’attention accordé à la commercialisation, qu’il faudrait prioriser pour amener nos talents en recherche et nos innovations jusqu’au marché. La commercialisation consiste à prendre les idées formidables qui sont créées dans les laboratoires et les établissements de recherche et à les mettre en application : trouver des investissements et obtenir des brevets pour de nouveaux produits et services, constituer de nouvelles entreprises et actualiser les façons de faire des entreprises existantes, créer des emplois et développer de nouveaux environnements pour faire des affaires. Pour réaliser les objectifs de notre pays, nous devons pousser l’innovation jusqu’au terme du processus de commercialisation. Cette démarche mène à la compétitivité dans le marché mondial et se traduit par une prospérité accrue pour la société canadienne.

Conformément aux recommandations d’Ingénieurs Canada, le fait de simplifier l’exécution des programmes, existants, et donc de réduire le délai et les efforts nécessaires pour effectuer les processus de financement et d’incitatifs, stimulera les investissements du secteur privé dans la R-D.  Éliminer les obstacles à la protection de la propriété intellectuelle de la recherche, de la conception et du développement en ingénierie pourrait faciliter la commercialisation des résultats de la R-D canadienne. Les politiques fédérales doivent prévoir la mise en place de mécanismes assurant une meilleure protection des droits de propriété intellectuelle.

Nous pouvons continuer à discuter de « l’exode des cerveaux », cette perte de talents canadiens au profit des États-Unis et de l’Europe, mais si nous laissons régner le statu quo en matière d’innovation, nos talents les plus prometteurs choisiront naturellement d’aller là où ils obtiendront le soutien nécessaire pour mener à bien leurs travaux de R-D et où ils pourront commercialiser leurs produits.

Nous devons être compétitifs à l’échelle mondiale pour continuer à jouir de la prospérité que nous connaissons actuellement. Investir dans la R-D stimule la croissance économique et crée de bons débouchés professionnels, ce qui accroît notre niveau de vie collectif. Le succès de notre pays est lié à notre capacité d’innovation, et nous devons la développer afin de maintenir notre qualité de vie.

Pour terminer, je vous souhaite une heureuse année 2012 sous le signe de l’innovation!

1. Nos recommandations détaillées sont énoncées dans notre rapport de février 2011 : Mettre ensemble tous les acteurs : Réponse à l’Examen du soutien fédéral de la recherche-développement.  

2.  Lynch, Kevin G., « Recherche désespérée d’un Canada plus innovateur ». Le Canada que nous souhaitons en 2020 : Éléments d’une stratégie politique pour le gouvernement fédéral, Canada 2020, novembre 2011.